• Marine André

A ce presque connu aux baisers murmurés

Qui sait si on se reverra ?


Moi je te revois, tu sais. Souvent.

Tes traits ne sont pas nets, mais c'est ma vue qui trouble.

Je te revois.

Souvent.


Je me souviens des couleurs de ta peau. Toutes.

Encore.

Elles disparaîtront un jour, à mesure que le silence s'installe en évidence, et que les temps rendent tous nos jolis flous et vains.

Mais là, en cet instant, je me souviens des couleurs de ta peau. Toutes.

Quand tu rougis, quand tu t'énerves et quand tu jouis, ta peau a une lueur bien propre et différente. Un goût, aussi. C'est un menu complet pour les papilles sous les baisers que te voir vivre en émotions.

Et là, en cet instant, je me souviens des couleurs de ta peau. Toutes.

Les moments où tu presque-dors, les petites nuances de ton dos, et les ombres de ton visages, même les sombres d'entre tes doigts et le livide sous tes cheveux, je me souviens de tout.


Est-ce que je préfèrerais t'aimer tout à fait, ou ne pas t'aimer du tout ?

Je déteste ta question, ou plutôt je te déteste toi, déguisé en question perfide. Parce qu'on signe nos questions, et parce que tu le sais trop.

Je t'aimais, tu sais.

Pas comme celui qu'on épouse. Pas comme celui à qui on dit je t'aime, non plus. On avait pas bien eu le temps.

Mais je t'aimais quand-même.


Si je meurs, tu ne le sauras pas. C'est drôle, hein, tragique.

Tu tenteras peut-être un jour de m'envoyer quelques regrets. Après quelques jours de silence, tu m'en voudras. Tu croiras que je ne réponds pas par fierté, ego ou indifférence.

Et puis tu ré-essaieras. Une fois ou deux.

Tu t'inquièteras peut-être.

Et puis tu m'oublieras.

Si je meurs, tu ne le sauras pas. C'est drôle, hein, tragique.

Personne n'osera te le dire. Et qui te le dirait, d'ailleurs ? Personne ne sait même qui tu es ; on a eu personne en commun dans nos caprices de tout et rien.

Au moins, on a rien à cacher. Au moins, on peut s'imaginer.

Nos mondes ne se sont pas croisés, c'est nous qui les lions ensemble sans oser trop se les montrer. Alors ...

Si je meurs, tu ne le sauras pas. C'est drôle, hein, tragique.


Qui sait si on se reverra ?