• Marine André

Lettre du front D'un Soldat non-ailé et pacifique de Guerre-Amour

(Poème d’une forme particulière pour Gaëtan P., de la part de sa “voisine”,

et pour tous les soldats non-ailés et pacifiques de l’Amour -

les novices comme les démodés.)



Je t'écris des tranchées,

Une toute dernière fois.

Je vais te raconter, juste avant de tomber.

Le dernier des guerriers crève juste devant moi.

Cette lettre arrivera.

Je crois, je croîs, je croix.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Toujours.

Pour le rare, le doux, le grand, pour le frisson, pour la folie, pour le calme et pour la paix, pour l’intime et pour le vrai.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Toujours.

Pas le crier mais le vivre.

Vive l’action, vive la romance et les caresses, vive le courage et la liberté à quatre mains et cent baisers !

Le Monde n’a pas à savoir tant que les coeurs s’emmêlent en harmonie hors du temps, hors des notes, dans un langage unique.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Toujours.

Pour révéler sa perle à celui qui la porte, pour lui ouvrir les yeux en douceurs de doux mots, d’ondes de “ça va aller”, de merveilles exaucées.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Toujours.

Ou pas battu(e), juste levé(e) pour lui, à ses côtés, patient(e) et inconditionnel(le).

Et c’était vaste et vain, sain ou déjà éteint,

Parce que l’Amour se joue de ses Anges non-ailés.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Mais l’Amour ne s’est jamais battu pour moi.

Il savait que j’étais là, à l’accepter, à le porter, à le grandir, à lui pardonner, à le sublimer.

Il savait que je lui soufflais mon énergie, que je lui offrais ma force, mon âme, mon vrai dedans, ma sincérité ouverte, ma fée en conciliée.

Donnant-prenant, c’est accepté.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Toujours,

Mais l’Amour ne s’est jamais battu pour moi.

L’amour m’a préféré le vent, le faux, le neuf, la gloire, l’inconstance, la peur, le petit, la fainéantise, les questions.

Il savait que quoi qu’il fasse, si il était toujours là, même un peu là, j’ouvrirai grands mes bras. Car je ne m’éteignais pas.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Mais l’Amour ne s’est jamais battu pour moi.

Et puis, tout a cessé. Plat.

Tant pis pour l’Amour,

tant pis voilà.


Je partirai comme je suis venu(e),

Ou pas.

Je partirai mais sans baiser, sans sourire, sans mot et sans douceur.

Je m’éteindrai, si.

L’Amour n’y prêtera pas attention. Ni l’Amour ni personne.

Est-ce doux, de partir avec soi, tant qu’on a écouté, toujours, son coeur qui bat ?

J’aurais laissé des traces de vrai dans quelques coeurs,

Des mots de Grand dans quelques mémoires,

Des fantômes de baisers authentiques sur quelques lèvres,

L’empreinte de mes doigts, peut-être, si un jour, un jour, l’Amour était sincère.


Je partirai comme je suis venu(e),

Dans un coup de vent du destin.

A part.

L’Amour trouvera que je lui manque, un temps, mais il s’en remettra.

Il se souviendra les promesses que c’était de se battre avec moi. Il se souviendra du goût de l’Absolu que j'offrais illimité. Mais il se souviendra mal. Il voudra mais déjà …

Tant pis.


Je partirai comme je suis venu(e),

Sans remords.

J’aurai fait l’Amour, moi aussi.

Un autre Amour, à ma Couleur, qui restera dans quelques nostalgies, certainement infinies.

Il ne vivra - certes - qu’en Royaume Passé. Mais il aura été.

Il fera Ombre, parfois, à l’Amour qui se battra pour d’autres demain sans moi.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Mais l’Amour ne s’est jamais battu pour moi.

C’est comme ça.


Jamais n’est qu’un mot bien pauvre s’il ne peut être rempli.

Jamais est un mot d’enfer si on ne sait pas qu’il peut être détruit.

Jamais est un mot de promesses inassouvies ou de mensonges réussis.

Jamais, qu’est ce que c’est ?


L’Amour renaît. Là.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Même-moi.

Mais l’Amour n’est pas. L’Amour ne sait pas.


Je me suis toujours battu(e) pour l’Amour,

Vois-la.

Rouge drapeau blanc compas.


A la paix qui viendra.